La chance… ou la réussite professionnelle des finissants en archivistique

FRANÇOIS CARTIER, chargé de cours

La chance, messieurs, mesdames, ça n’existe pas. Vous connaissez quelqu’un qui a gagné à la loterie ? Ce n’est pas de la chance. C’est une question de probabilité statistique. La « chance » augmentera si on achète plus billets. Ou bien vous avez appris qu’un collègue n’a pas été licencié suite à des coupures dans votre entreprise ?

« T’as pas été slacké ? Maudit chanceux !
─ Ouais, mais les patrons savent que je fais un sapré bon travail ! »

Ce n’est pas de la chance non plus. C’est de vous rendre utile en performant. La probabilité d’un congédiement en est ainsi réduite.

Vous voulez réussir dans le domaine de l’archivistique ? Ne comptez pas trop sur la chance !

« La chance est un concept qui exprime la réalisation d’un événement, bon ou mauvais, sans nécessairement qu’il y ait un lien de cause à effet entre le désir et sa réalisation, bonne ou mauvaise. » (Wikipedia)

Jouez donc sur la cause pour obtenir l’effet désiré. En d’autres mots, jouez le jeu des probabilités. La probabilité, c’est une évaluation du caractère probable d’un évènement, c’est-à-dire qu’une valeur permet de représenter son degré de certitude (Wikipedia). Plus la probabilité (ou la valeur) est grande, plus le risque (ou la chance) qu’un évènement se produise est élevé.

Réussir dans notre domaine, ça ne s’enseigne pas juste en classe. Le degré de certitude de votre réussite en archivistique ne se trouve pas que dans un manuel. Comme chargés de cours, mes collègues et moi vous fournissons les connaissances pour réussir dans le milieu des archives. Il nous fera aussi plaisir de vous conseiller le cas échéant. Mais une bonne part du chemin doit aussi être parcourue par vous ! Vous voulez en faire de l’archivistique un métier ? Vous voulez voir ce désir se réaliser ? Arrangez-vous alors pour que les probabilités soient en votre faveur ! ET croyez-moi, des « A+ » ne seront pas suffisants pour faire pencher la balance à votre avantage.

Oui, vous pourriez jouer de chance et décrocher votre premier contrat dans le milieu qui vous a accueilli en stage, par exemple. Mais même là, ce ne sera généralement pas dû à la simple chance. Ce sera d’abord le résultat de votre décision de faire le stage (qui est facultatif, je le rappelle). Votre embauche post-stage sera aussi directement liée aux aptitudes dont vous aurez fait l’étalage en stage. Savoir-faire et savoir être. Si vous avez performé dans ces deux secteurs, vous aurez augmenté les probabilités qu’un employeur vous trouve désirable. Cause et effet. Vous avez fait pencher la balance en votre faveur.

Bref, je pensais livrer, comme premier billet, un petit résumé de conseils aux étudiants, ceux qu’on ne donne pas nécessairement en classe, mais qui contribueront à augmenter les probabilités de votre réussite.

  • Parlez à votre prof/chargé de cours. Avant le cours, à la pause, à la fin de cours. Et pourquoi pas pendant le cours (pas en même temps que votre prof, s’il-vous-plaît !). Entamez une discussion, soulevez des questions, remettez même en question ce qu’on vous enseigne ! La personne qui vous donne le cours est d’abord compétente dans son domaine, mais elle en connait aussi beaucoup sur le milieu, ses pratiques, ses acteurs, ses enjeux. Profitez-en !
  • Renseignez-vous ! Ne vous limitez pas aux lectures que recommande votre enseignant(e). En cette ère du numérique, tout est à votre portée : sites web institutionnels (BAnQ, BAC…), blogues, expositions virtuelles. Vous en trouverez même pour votre argent sur les réseaux sociaux où on vous dirige souvent vers du contenu très intéressant.
  • Faites-vous voir ! On vous l’aura surement déjà dit, la vie d’étudiant ne se limite pas qu’aux cours que vous prenez. Impliquez-vous dans l’association étudiante, devenez membre d’un comité de l’Association des archivistes du Québec, du Réseau des services d’archives du Québec ou d’ARMA-Montréal. Offrez même vos services comme bénévole dans une institution qui gère des archives. Ou bien affichez-vous sur les réseaux sociaux. Mettez en ligne des billets, ayez un beau profil sur LinkedIn, ou bien partagez des informations intéressantes sur Facebook ou Twitter. Vous y gagnerez en visibilité.
  • Diversifiez votre portefeuille ! Intéressez-vous aux domaines connexes de l’archivistique, comme l’histoire, la muséologie ou la bibliothéconomie. Et pourquoi pas s’intéresser à la gestion et à l’administration ? Plusieurs milieux demandent des compétences dans ces domaines. De plus, vous aurez à côtoyer des gestionnaires. En apprendre sur leur réalité (gestion de budgets, de projets ou de personnel, par exemple) vous aidera grandement.
  • Dans la même veine que le point précédent, comme l’archivistique est encadrée par plusieurs lois, renseignez-vous ! On ne vous demande pas de devenirs avocats, mais au moins le comprendre les tenants et aboutissants de la législation s’appliquant aux archives. Sachez de quoi il en retourne quand on parle de droit à l’image, de protection des renseignements personnels, de droit d’auteur ou d’équivalence fonctionnelle entre les documents numériques et analogiques.
  • Pensez techno ! En cette ère de l’information et du numérique, on ne peut plus y échapper. Vous devrez encore gérer du papier, certes, mais si vous voulez être un(e) archiviste pertinent(e), vous devrez avoir une bonne base en informatique. Si les termes « clustering », « big data », « métadonnées » ou « web sémantique » vous laissent perplexes, songez à une réorientation de carrière !
  • Apprenez à apprivoiser le changement. Les employeurs mettent l’adaptabilité en haut de leurs critères lors de l’embauche. Tout est en mouvance, surtout dans notre domaine, où le numérique bouscule encore aujourd’hui de vieilles habitudes. Vous devrez non seulement apprendre à gérer le changement, mais aussi à accompagner de futurs collègues dans de nouveaux territoires.
  • Améliorez votre culture personnelle ! Les archives ne naissent pas dans un vacuum. Elles sont produites par une société, par des administrations, par des gens exerçant différentes fonctions. On n’insistera jamais assez sur le besoin d’avoir un minimum de connaissances du milieu dans lequel sont créés les documents. Si vous pensez exercer votre métier d’archiviste au Québec, pensez à comprendre son histoire et celle de ses institutions, sans quoi ses archives n’auront pas grand sens pour vous.
  • Réseautage, réseautage, réseautage ! Ne restez pas dans votre coin ! Allez au-devant des autres et créez des liens avec les gens qui vous entourent, qu’ils soient étudiants, chargés de cours, professeurs ou professionnels dans le milieu. Allez aux 5@7 organisés par les groupes (AAQ, association étudiante, etc.), allez aux colloques ou congrès. Ceux qui les organisent offrent généralement des tarifs réduits aux étudiants. Et tant qu’à y être, pourquoi ne pas présenter vous-même une conférence ou participer à une table ronde ? Ça peut sembler intimidant, mais c’est probablement le meilleur moyen de vous faire connaitre.
  • Et plus que tout, comprenez bien ce que vous faites et pourquoi vous le faites. Je ne parle pas de comprendre comment décrire ou classer des documents, comment les indexer avec les bonnes métadonnées, comment les numériser ou comment faire fonctionner votre beau logiciel de GID. Je veux plutôt vous sensibiliser à l’importance de votre rôle dans la société. À la fin de la journée, quand vous regarderez derrière vous, quelle aura été votre contribution ? Quelle différence aurez-vous fait ? Que ce soit une boite de document de moins à classer ou un nouveau fonds sauvé de l’oubli, vous aurez amélioré quelque chose dans le monde qui vous entoure.

Voilà donc votre programme tout établi. Rien n’est garanti, mais vous avez là tout ce qu’il faut pour faire augmenter les probabilités de votre réussite. Ou si vous préfére : tout ce qu’il faut pour vous donner une chance !

Les agendas des ministres : la démocratie contre l’histoire

DANIEL DUCHARME, chargé de cours

Les partisans du big data me font sourire, parfois. Car ils s’imaginent œuvrer pour une plus grande démocratie dans la gestion des affaires de l’État. Au Québec, par exemple, vous trouverez un site Web consacré à la transparence des membres du Conseil des ministres. Depuis le 1er janvier 2015, un citoyen peut consulter à loisir l’emploi du temps de son ministre préféré. En novembre 2014, dans un article publié sur le site du journal Le Devoir, le ministre Jean-Marc Fournier, ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes et de la Francophonie canadienne, estimait qu’il s’agissait d’une illustration concrète du souci de transparence des élus.

Que faut-il penser, d’un point de vue archivistique [*], de cette « avancée » de la démocratie parlementaire ? Lors du 7e Symposium du Groupe interdisciplinaire de recherche sur les archives (GIRA), dans une conférence prononcée par Alain Savoie, président de la société Irosoft, celui-ci se demandait s’il fallait tout publier, tout diffuser. En traitant de la question des données [*] ouvertes (Open Data), il a justement pris en exemple les agendas… Il a alors souligné – avec justesse, je crois – que le fait de mettre en ligne des agendas allait amoindrir leur valeur probante [*]. En effet, que pensez-vous qu’un ministre va inscrire dans son agenda s’il est disponible en ligne? Il ne mettra sur le Web que ses rendez-vous officiels et en taira plusieurs autres, ce qui me semble assez normal compte tenu de son degré d’exposition. Surtout, il ne mettra aucun nom, aucune adresse, aucun renseignement susceptible de contrevenir à la législation sur la protection des données à caractère personnel. Et que va-t-il résulter de tout ça ? Un agenda réduit à sa plus simple expression. Un document pauvre en information.  Bref, sous prétexte de contribuer à la démocratie, on vide les agendas de leur substance, de leur contenu informationnel et, surtout, on atténue grandement leur qualité de source pour l’histoire.

Les documents d’archives constituent des matériaux pour les chercheurs, historiens ou pas. Ils permettent de témoigner des faits et gestes des personnes et des organisations à travers le temps. Certes, les mettre à la disposition immédiate du public peut constituer un bienfait pour la démocratie, mais, comme toute médaille à son revers, cela atténue grandement leur valeur d’information et de témoignage [*]. Résultat: demain, nos enfants et leurs enfants ne sauraient plus rien.

[*] Les définitions suivantes sont tirées de la Terminologie de base en archivistique de l’EBSI (2015):

  • Archivistique: La discipline qui recouvre les principes et les méthodes régissant la création, le traitement, la conservation et l’utilisation des archives. (Couture, Ducharme et Rousseau, 1988, p. 56).
  • Donnée:  La donnée peut être définie comme la plus petite représentation conventionnelle  et fondamentale d’une information (fait, notion, objet, nom propre, chiffre, statistique, etc.) sous une forme analogique ou digitale permettant d’en effectuer le traitement manuel ou automatique (informatique).  (Rousseau et Couture, 1994, p.123)
  • Valeur de témoignage: Permet de saisir la capacité des documents de renseigner sur son producteur. Dans le cas d’un organisme, les archives doivent témoigner de son organisation, de ses activités, de son fonctionnement, de ses réalisations et de son évolution. Dans le cas d’un individu, les documents témoignent de sa vie personnelle et professionnelle, de ses réalisations et de son évolution. » (Charbonneau et Robert, 2001, p. 255)
  • Valeur probante: Qualité des documents d’archives qui leur permette de servir de preuve.  (DAF, 2007, p. 35)

Rencontre automnale du PASIG à New-York : un bilan

DOMINIC BOISVERT, chargé de cours

Du 26 au 28 octobre 2016 s’est déroulée au MoMA la 16e – ou la 17e ou même la 18e, selon qui tient le compte – rencontre du Preservation and Archiving Special Interest Group (PASIG). Le PASIG réunit depuis maintenant neuf ans des spécialistes de différents horizons qui s’intéressent ou qui sont confrontés à la préservation des archives numériques.

Décontractée, la rencontre de trois jours s’est ouverte par un bootcamp qui a servi d’introduction ou de mise à niveau, et qui a permis aux participants de partager une base commune de connaissances. Premier constat: les « archives » ne sont pas que des archives. En effet, collections, données, informations, documents et archives constituent les centres d’intérêt des conférenciers et le vocabulaire en prend un coup. Deuxième constat: étonnamment, ça ne dérange personne…

Généreux, les conférenciers ont présenté la ou les solutions aux problèmes réels rencontrés par eux ou leurs collègues. Statistiques et budgets à l’appui, ils ont exposé leurs réflexions, leurs bons coups et leurs échecs.

Saviez-vous que le coût de la certification TRAC pour un dépôt numérique fiable peut atteindre 75 000,00$ ? Que la station de télévision publique WGBH utilise le sneaker net pour transmettre ses données les plus lourdes ? Que le MoMA s’apprête à numériser toute sa collection de films,  ce qui représente plusieurs pétaoctets de données !

L’empreinte écologique des données numériques a aussi été abordée. La conservation numérique consomme de l’énergie. Les archivistes doivent en tenir compte.

La construction de la mémoire, la conservation et l’accès distribué se sont aussi trouvés au menu. Par ricochet, l’ethnocentrisme l’était aussi. L’ouverture et le respect sont non seulement souhaitables, mais obligatoires pour favoriser la réussite des projets collaboratifs de préservation et de diffusion des archives numériques.

Une rencontre PASIG à Montréal, ça vous tente ?

Pour en savoir plus sur cet événement :

Les archives et la société : c’est votre affaire !

FRANÇOIS CARTIER, chargé de cours

Depuis l’été 2013, j’ai le privilège d’enseigner Archives et société (ARV1060), un des nouveaux cours optionnels du certificat en archivistique. C’est un cours qui, comme son nom l’indique, « vise à rendre l’étudiant(e) apte à comprendre et décrire le rôle joué par les archives et les archivistes dans la société actuelle ». En effet, pourquoi étudier l’évaluation, la classification ou la description sans prendre la pleine mesure de l’influence qu’ont joué les archives dans le monde qui nous entoure ? Ceci est d’autant plus vrai dans notre société post-moderne où le numérique rend l’information plus fluide et plus disponible.

Pour parler de cette influence au passé, je pourrais retourner à l’époque des 14,000 tablettes d’argile des salles d’archives d’Ebla (en Syrie actuelle) ou bien à celle des Tabulariums romains. Les Égyptiens avaient leurs scribes et vizirs, les Grecs leurs mnémons et les Chinois leurs zhoulis. Même à l’époque du Premier Empire français, Napoléon disait « qu’un bon archiviste est plus utile pour un gouvernement qu’un bon général d’armée » !

Il n’est pas nécessaire de porter notre regard si loin en arrière. Il suffit de s’attarder à la Seconde Guerre mondiale où des saisies et des destructions de documents se sont faites sur une échelle sans précédent. De l’été 1940, alors que les Allemands envahissent la France, jusqu’à la période suivant le débarquement de Normandie (été 1944), plus de 20 millions de documents et d’ouvrages imprimés sont soit détruits, soit confisqués par les forces nazies. Lorsque Karl Epting, l’adjoint d’Otto Abetz (l’ambassadeur allemand auprès du gouvernement de Vichy), affirme à l’automne 1940 à ses interlocuteurs du Quai d’Orsay que les archives pouvaient être des armes « aussi terribles qu’un obus », il se fait sans doute l’interprète d’une conviction partagée qui, jusqu’en1944, pousse les dirigeants allemands à mobiliser trains et camions pour transporter une partie de ces saisies vers Berlin (1). L’influence que l’on donne à ces documents est telle que les Soviétiques, qui saisissent aussi leur lot d’archives pendant la guerre, attendent jusque dans les années 1990 pour les restituer au complet à la France !

Rapprochons-nous encore de notre époque : le journaliste Robin Philpot prétend que des caisses de documents sont sciemment déchiquetées dans les bureaux de Power Corporation pour éliminer toute trace de dépenses illégales faites par le camp du « Non » lors du référendum sur l’indépendance du Québec de 1995 (2).

En fait, il suffit de s’arrêter à l’actualité quotidienne pour constater comment les archives nous entourent et influencent le discours social. L’automne 2016 est marqué, entre autres, par la campagne présidentielle américaine. Un enregistrement de propos disgracieux datant de 2005 vient ternir la réputation (déjà peu enviable) du candidat républicain Donald Trump. Quant à Hilary Clinton, des extraits de discours tenus devant les représentants de grandes banques en 2013 et 2014 (obtenus grâce à Wikileaks) laissent voir une candidate démocrate beaucoup plus près des « élites » financières de Wall Street, ceux-là mêmes qui furent à l’origine de la crise financière de 2008. Ces révélations, on s’en doute, sont largement exploitées par chaque candidat contre son adversaire.

Que dire, donc, de la place des archives dans notre société ? Randall C. Jameson le résume bien alors qu’il mentionne que « les institutions sociales, incluant le gouvernement et les lois, commerce et l’administration, les sciences, la religion, l’éducation et les arts, dépendent du « pouvoir stabilisateur des archives » pour atteindre leurs objectifs. La culture humaine dépend de notre habileté d’établir des ressources d’information qui sont durables, constantes et récurrente » (3).

C’est ce « pouvoir stabilisateur » dont nous, archivistes, sommes responsables. L’histoire nous montre comment les sociétés ont déployé de grands efforts pour en assurer la continuité, ou dans le cas de maltraitances, d’en prendre le contrôle.

Que vous soyez à l’œuvre dans un service d’archives ou en voie d’obtenir un diplôme en archivistique, si vous doutez encore de votre pertinence, dites-vous que c’est en conservant des traces de l’activité des hommes et des femmes que vous établissez votre importance pour la société. Et à ce titre, votre influence sur la société est assurée, peu importe si l’information est saisie sur du vieux parchemin ou sur un disque dur d’ordinateur !

SOURCES

(1) Sophie Coeuré. La mémoire spoliée : les archives des Français, butin de guerre nazi puis soviétique, de 1940 à nos jours. Paris : Payot, 2007.

(2) Robin Philpot. Le référendum volé. Montréal : Les Intouchables, 2005.

(3) Randall C. Jimerson. Archives Power. Memory, Accountability and Social Justice. Chicago : Society of American Archivists, 2009.01

Zotero, entre l’ordinateur et la tablette

DOMINIC BOISVERT, chargé de cours

La préparation d’une session universitaire demande beaucoup de travail. Amasser la documentation est un des éléments importants de cette préparation. Peut-être, tout comme moi, utilisez-vous Zotero pour gérer vos bibliographies.  Ça fonctionne très bien, n’est-ce pas ? Mais organiser une bibliographie c’est une chose. Lire et annoter représentent des défis différents.

Je n’aime pas lire à partir de mon ordinateur portable. Je préfère un outil de lecture numérique. De plus, je dois annoter les textes répertoriés dans mon compte Zotero. C’est ici qu’entre en scène la tablette, un outil efficace pour lire (c’est moins bien qu’une liseuse électronique, mais une grosse amélioration par rapport à l’ordinateur portable) et pour annoter du texte (avec le S-Pen, notamment, car je dispose d’une tablette Galaxy Tab A de Samsung). Par contre, impossible de tout faire à partir de l’interface web de Zotero. Il faut donc trouver une manière de réaliser le flux de travail Zotero -> tablette -> annotations et tablette -> Zotero -> annotations.

Voici donc ma recette.

LES INGRÉDIENTS

Vous aurez besoin de :

  1. Un compte Zotero.
  2. L’extension Zotfile.
  3. Un compte owncloud (ou Dropbox ou équivalent).
  4. Un ordinateur et une tablette.

LES INSTRUCTIONS

  1. Pour votre compte Zotero, suivre les instructions officielles (en anglais).
  2. Pour installer l’extension Zotfile sur votre ordinateur, suivre les instructions du site de Zotfile (en anglais). Zotefile créera deux recherches enregistrées dans votre bibliothèque : « Tablet Files » et « Tablet Files (modified) »
  3. Dans Owncloud (ou Dropbox), rien à faire. Par contre, il faut vous assurer que votre bibliothèque Zotero soit synchronisé avec votre nuage.

FLUX DE TRAVAIL

  1. Ajouter normalement des objets à votre compte Zotero.
  2. Ajouter un objet à votre tablette :
    1. Sélectionner l’objet;
    2. Cliquer-droit et sélectionner « Gérer les pièces jointes » puis « Envoyer sur la tablette » sur Ajouter à la tablette.
  3. Sur la tablette, ouvrIr l’objet à partir de Owncloud. Attention de sélectionner l’option « maintenir le fichier à jour ».
  4. Lire et annoter l’objet.
  5. Pour ramener l’objet de votre tablette à l’ordinateur, à partir de Zotero sur votre ordinateur:
    1. Aller dans la section « Tablet Files (modified) » ;
    2. Cliquer droit sur un objet et sélectionner « Gérer les pièces jointes » puis « Récupérer de la tablette ». L’extraction des annotations se fait automatiquement.

Voilà !

Vous pouvez maintenant gérer les objets de votre compte Zotero, les lire et les annoter sur votre tablette et, en prime, gérer vos annotations (surlignage, notes, etc.) pour les inclure dans vos travaux.

Les Archives au XXe siècle : un ouvrage qui a marqué le développement de l’archivistique au Québec

DANIEL DUCHARME, chargé de cours (ARV1050)

Archives au XXe siècleLa parution des Archives au XXe siècle en 1982 constitue sans aucun doute un événement marquant dans le développement de l’archivistique au Québec. La Loi sur les archives était sur le point d’être adoptée, l’enseignement universitaire de la discipline faisait ses premiers pas, et de nombreux enseignants, étudiants et praticiens ressentaient le besoin d’avoir un ouvrage à leur disposition. Un ouvrage d’archivistique adapté à la réalité québécoise qui prenait en compte tout le cycle de vie des documents. L’ouvrage de Couture, Rousseau et collaborateurs tombait bien, pourrait-on dire. La preuve en est que « Les Archives deux X », comme on l’appelait familièrement entre nous, fut pratiquement un succès de librairie avec des ventes de plusieurs milliers d’exemplaires. Peu de temps après sa parution, ce manuel fut traduit en anglais (1987), puis en espagnol (Mexique) en 1988.

Pourquoi Les Archives au XXe siècle a-t-il rencontré un tel succès au Québec et ailleurs dans le monde? Sans doute parce qu’il s’agit d’un manuel au sens strict du terme. Un manuel se définit comme un « ouvrage didactique ou scolaire qui expose les notions essentielles d’un art, d’une science, d’une technique, etc. » (Le Petit Larousse 2001). Dans Wikipédia (2015), on peut lire aussi qu’un manuel regroupe « l’essentiel des connaissances relatives à un domaine donné ». Et c’est exactement cela que nous retrouvons dans cet ouvrage : l’essentiel des connaissances archivistiques utiles à la pratique du métier.

À notre avis, l’ouvrage de Carol Couture, Jean-Yves Rousseau et collaborateurs, Les archives au XXe siècle, constitue, malgré le temps qui passe, le manuel d’archivistique le plus complet, le plus abouti de la Francophonie, et dont la portée pratique reste sans égale encore aujourd’hui. La sortie douze ans plus tard de Les Fondements de la discipline archivistique contemporaine (1994) par les mêmes auteurs et, en 1999, de Les Fonctions de l’archivistique contemporaine a certes permis une mise à jour complète du corpus théorique de la discipline, mais n’a pas su renouveler sa portée pratique. D’ailleurs, aucun ouvrage subséquent n’a permis de le faire dans le monde francophone, sauf en gestion des documents où les ouvrages de Michel Roberge – dont le premier du nombre (La gestion des documents administratifs) a paru dès 1983.

Pour les archivistes du XXIe siècle, rappelons que Les archives au XXe siècle est structuré en trois parties. La première, intitulée Archives et société, s’avère un préalable indispensable à l’ensemble des tâches que doit réaliser l’archiviste dans une organisation. C’est ici que nous retrouvons, en autres choses, un modèle complet de politique de gestion des archives, modèle repris par la suite par de nombreux guides pratiques en gestion des documents et des archives. La deuxième partie, Archives et administration, constitue ni plus ni moins qu’un manuel de gestion des documents d’activité qui aborde, dans l’ordre, les outils de gestion (calendrier de conservation, plan de classification) et les étapes stratégiques de réalisation d’un projet en fonction du cycle de vie (traitement des documents actifs, semi-actifs et inactifs), tout en situant l’ensemble des opérations dans le contexte de la législation archivistique en vigueur. Enfin, la troisième partie, Archives et recherche, représente la partie du manuel qui se consacre à la gestion des archives définitives : le fonds d’archives et les fonctions (acquisition, évaluation, classement, description, diffusion et conservation).

Comment peut-on considérer ce manuel aujourd’hui ? Nul ne contestera le fait qu’il est dépassé sur le plan technologique, ses auteurs n’ayant pu raisonnablement anticiper le bouleversement des pratiques causé par la gestion des documents numériques. Mais plusieurs éléments méthodologiques (voir les chapitres sur le traitement des documents actifs, semi-actifs et inactifs) s’avèrent toujours valables et, après une légère adaptation, peuvent être réutilisés par les archivistes du XXIe siècle.

Couture, Carol et Jean Yves Rousseau (1982). Les archives au XXe siècle: une réponse aux besoins de l’administration et de la recherche. Montréal, Université de Montréal, Secrétariat général / Service des archives, 1982.