Archives de catégorie : Enseignement et recherche

Un projet de mise à jour de la terminologie de base en sciences de l’information

DANIEL DUCHARME, chargé de cours

Au printemps 2017, des chargés de cours de l’EBSI soumettait un projet au Comité local d’intégration pédagogique (CLIP), projet qui consiste à étendre la compilation terminologique de base en archivistique (projet 2015) aux sciences de l’information. En fait, il s’agit d’une mise à jour de la terminologie réalisée dans les années 1990 et qui a été retirée du site de l’EBSI en 2002 en raison de sa désuétude. À nos yeux, il devenait important de mettre à jour cette terminologie pour mieux soutenir l’évolution des cours offerts dans les programmes de l’EBSI afin que ceux-ci reflètent bien l’évolution de la discipline et de la profession. Ainsi, ce projet permettra de compléter celui de 2015 qui n’avait ciblé que les cours en archivistique. Les responsables du projet sont Dominic Boisvert et moi-même, le signataire de ce billet.

À la fin du projet (janvier 2018) – et c’est le but que nous recherchons par sa réalisation -, l’EBSI disposera d’une terminologie en sciences de l’information sur laquelle tous les enseignants (chargés de cours et professeurs) pourront s’appuyer pour dispenser leur enseignement. Cette terminologie sera à jour et pourra constituer une référence incontournable pour les étudiants, les chargés de cours et les professeurs de l’EBSI. Par ailleurs, elle participera au rayonnement de l’École dans la francophonie grâce à sa double diffusion : téléchargement (PDF) et application Web.

Pour réaliser le projet, la participation des chargés de cours et professeurs de l’EBSI est essentielle. Cet automne, chacun d’eux sera invité à nous faire parvenir les termes clés, accompagnés de leurs définitions, qu’ils utilisent dans le cadre de leur enseignement. De notre côté, nous analyserons les plans de cours du certificat en gestion de l’information numérique et de la maîtrise en sciences de l’information, ceux du certificat en archivistique ayant été analysés en 2015. Une fois les termes retenus, nous comparerons les termes issus de cette analyse avec ceux que nous aurons envoyés les enseignants. Nous compléterons au besoin en consultant les ouvrages récents pour compiler les définitions et leurs équivalents anglais. Enfin, cette première compilation terminologique sera envoyée à tous les enseignants de l’EBSI pour fin de commentaires et de validation. Les correctifs seront apportés avant la diffusion de l’ouvrage en février 2018.

La terminologie en sciences de l’information sera diffusée sous la forme d’un fichier PDF qui sera remis aux étudiants à leur entrée à l’EBSI de même qu’aux enseignants. Elle sera également disponible – et c’est ici que cela devient plus intéressant – par une application open source accessible sur le site Web de l’EBSI. La version Web sera disponible tant aux étudiant(e)s et aux enseignant(e)s ainsi qu’à toute personne visitant le site Web de l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information, notamment les bibliothécaires, les documentalistes et les gestionnaires de systèmes d’information. Autre précision, la version Web sera conçue à partir de l’application open source TEMATRES.

Grâce à la participation de tous les enseignants, chargés de cours et professeurs confondus, cet outil terminologique constituera un point positif dans la voie de l’harmonisation et la normalisation de nos pratiques en sciences de l’information.

Pour consulter la section archivistique de la terminologie, veuillez suivre ce lien. Pour en savoir davantage, veuillez lire aussi le billet de Dominic Boisvert consacré à ce projet.

Qu’est-ce que le PIAF ?

CAROLINE BECKER, Webmestre et Directrice des opérations du PIAF
DIDIER GRANGE, Président du comité de pilotage du PIAF

Depuis plus de quinze ans, l’Association Internationale des Archives Francophones (AIAF), soutenue par ses partenaires financiers, pilote le Portail International Archivistique Francophone ou « PIAF ». Inauguré à Tunis en 2005 lors du Sommet Mondial de la Société de l’Information organisé par les Nations-Unies, il a été utilisé par plus de 96’000 personnes en 2016. Le PIAF est un espace virtuel de formation, d’information et d’échange. Il est dédié à l’archivistique, aux archives et aux archivistes. Ce site, ouvert à tous, gratuit et libre d’accès, présente une vision intégrée de l’archivistique francophone. Même si le site est en français, il est fréquenté par des archivistes d’un très grand nombre de pays en dehors de la Francophonie.

Le PIAF est composé de trois volets :

– Le volet « Se former » permet d’accéder à une formation en ligne, libre et gratuite. Il s’adresse en premier lieu aux professionnels isolés, qui n’ont pas accès à des cours de base ou de perfectionnement ni à la littérature professionnelle. Le PIAF constitue également une ressource bienvenue pour des personnes n’appartenant pas à la profession, qui souhaitent s’initier à la gestion des archives. Il est aussi utilisé dans le cadre de cours en archivistique dans de nombreuses universités et écoles spécialisées à travers le monde. Cette offre pédagogique est régulièrement actualisée et enrichie.

– Le second volet, intitulé « Se documenter », est constitué d’un ensemble de ressources documentaires destiné aux professionnels. L’idée est de leur offrir, à travers les différentes rubriques de cet espace, une boîte à outils de l’archiviste contemporain. Il comprend donc une bibliographie archivistique francophone exhaustive et unique en son genre. Il met à disposition des galeries de photographies et des films illustrant les différentes fonctions de l’archiviste (gestionnaire, conservateur, financier, lobbyiste, maître d’œuvre d’un projet architectural, informaticien, spécialiste de la communication et de l’évènementiel). Le blogue des actualités archivistiques francophones vient également souligner, par des exemples précis, les différentes facettes de ce métier. Il donne accès à une liste, en les recensant fiche par fiche dans un annuaire, de toutes les institutions d’archives francophones dans le monde. Il propose pour finir une webographie ou liens utiles vers des blogues d’archivistes francophones, des listes de discussions professionnelles, des revues archivistiques en ligne et des sites d’associations professionnelles. Cette boîte à outils proposera également d’ici peu des textes de références pédagogiques ainsi que des textes législatifs.

– Finalement, le PIAF met à disposition un outil de travail collaboratif et d’échange entre pairs, baptisé « E-pro » (pour « Espace professionnel »). E-pro est une plateforme sécurisée dont l’accès est limité aux seules personnes inscrites. Actuellement, plus de 1280 personnes participent à cet espace. Plus de 80 groupes de travail ont été créés autour de différents thèmes. Pour s’inscrire, il suffit d’en faire la demande sur le Portail. E Pro nous permet de fédérer une communauté de métier francophone autour du PIAF tout comme notre page Facebook, notre compte Twitter et notre lettre d’information bisannuelle le « Cri du PIAF ».

Au mois d’avril 2016, après des travaux conséquents, une nouvelle version du site a été lancée. Elle a été conçue pour être utilisable sur les tablettes et sur les smartphones. L’ergonomie est plus dynamique et la navigation plus fluide.

La principale transformation – et elle est de taille – qui s’impose aujourd’hui à tout archiviste, qu’il ait été formé au XXème ou au XXIème siècle, est la prolifération du numérique dans son champ d’activité. Dans cette nouvelle version du PIAF, nous avons renforcé notre offre dans ce domaine afin que tous les archivistes aient le moyen de se former à la gestion des documents numériques et aux nouvelles techniques de conservation.

Mais cette nouvelle version ne constitue qu’une étape dans le développement du site. Parmi les travaux en cours ou à venir, on peut noter la création probable d’un quatrième volet général, consacré à la recherche en archivistique. Deux modules, l’un consacré aux référentiels métiers et l’autre à la législation archivistique francophone, sont en cours de préparation.

L’avenir du PIAF dépend fortement du degré d’engagement tant des institutions qui le soutiennent que de celui des professionnels prêts à contribuer au projet. Il est donc de la responsabilité de notre communauté professionnelle dans son entier de faire en sorte que le PIAF continue sur sa lancée, en alliant qualité, solidarité et service à la communauté.

A ce titre, l’équipe du PIAF lance une grande enquête auprès des internautes, enseignants, étudiants férus d’archivistique, dont vous êtes, chers lecteurs d’Archives 21 ! L’objectif, au terme de cette enquête, est d’établir une liste des textes incontournables ou « fondamentaux » pour une bonne maîtrise du métier d’archiviste et/ou de l’archivistique. N’hésitez pas à collaborer en envoyant votre liste à Aïda Chebbi (aida.chebbi@umontreal.ca) dans « commentaires » de notre blogue ! Cette liste figurera dans une nouvelle rubrique du PIAF.

Insistons, pour terminer, sur le très vif succès remporté par le PIAF. Il n’a pas d’équivalent au niveau international. Il peut faire la fierté des archivistes francophones dont la réussite, à travers cette réalisation particulière, à bien des égards et sous des latitudes différentes, est enviée. Certainement peut-on considérer le PIAF comme un modèle, qui pourrait un jour inspirer d’autres communautés professionnelles, voire le Conseil International des Archives (ICA).

L’archivage de données au moyen de l’ADN : deuxième partie

MICHEL CHARTIER, étudiant

Ce texte est d’une version modifée d’un travail a été réalisé à l’EBSI, Université de Montréal, dans le cadre du cours ARV1050 – Introduction à l’archivistique donné au trimestre d’automne 2016 par Daniel Ducharme.

Dans un billet précédent, nous avons posé la problématique de la conservation des documents en soulignant la possibilité de recourir à l’ADN comme moyen éventuel de conservation. Dans ce billet, sans aller trop loin dans les détails, nous présenterons, en ordre chronologique, quelques-unes des méthodes qui ont été élaborées dans le but de consigner de l’information au moyen d’ADN.

Clelland et collègues (1999)

Cette première méthode n’a pas été mise au point dans le but d’archiver des données. Il s’agit néanmoins de l’une des premières à utiliser de l’ADN pour coder des messages (l’information), et c’est pourquoi nous l’abordons ici.

Selon Clelland, Risca et Bancroft (1999), elle s’inspire de la stéganographie, technique développée par le professeur Zapp et utilisée durant la Deuxième Guerre mondiale par les espions allemands pour transmettre des messages secrets. Elle consistait à photographier une page dactylographiée, à réduire considérablement la photo pour ainsi obtenir un « micropoint », puis à coller celui-ci sur un point (signe de ponctuation) dans une lettre anodine.

Ces chercheurs ont utilisé la technique stéganographique pour coder un message de type textuel dans un échantillon d’ADN et pour dissimuler ce dernier dans un micropoint. Le message est codé dans un brin d’ADN au moyen d’une clé de chiffrement, où les lettres de l’alphabet, les nombres de 1 à 9 et certains signes de ponctuation correspondent chacun à un triplet de bases azotées distinct (p. ex., A=CGA, B=CCA et ainsi de suite). Le message est associé à des séquences d’amorces, lesquelles servent à synthétiser le brin complémentaire d’ADN, et donc à « lire » le message. Une minuscule gouttelette de solution contenant 225 nanogrammes d’ADN humain, y compris le brin contenant le message caché, est ensuite versée sur un point imprimé sur du papier filtre. Dans cette expérience, des micropoints produits de cette manière ont été fixés à des points dans une lettre, puis celle-ci a été envoyée par l’entremise des services postaux des États-Unis. Le destinataire, qui connaissait au préalable les séquences d’amorces utilisées et détenait la clé de chiffrement, a fait appel à la technique d’amplification en chaîne par polymérase (PCR) pour amplifier l’ADN, ce qui lui a permis de lire et de décoder le message suivant, qui se voulait un clin d’œil à l’Histoire : « June 6 invasion: Normandy ».

Pour nous, l’intérêt de cette méthode réside dans le fait qu’elle a montré qu’il était possible de consigner de l’information de type alphanumérique sous forme d’ADN.

Il convient de mentionner que deux de ces chercheurs, en collaboration avec d’autres collègues, ont amélioré la technique en vue de l’utiliser comme moyen d’archivage en bonne et due forme (Bancroft, Bowler, Bloom et Clelland, 2001). La manière de coder de l’information (texte ou autre) dans l’ADN est semblable à celle utilisée dans la technique des micropoints, mais de nouveaux concepts sont introduits : l’ADN contenant l’information consignée est surnommé ADNi, et une « clé » constituée de multiples amorces sert à décoder l’information en question. Les techniques de la PCR et du séquençage permettent d’amplifier et d’analyser les séquences d’ADN en vue d’y extraire l’information. En outre, les chercheurs entrevoient la possibilité de conserver jusqu’à plusieurs milliers d’échantillons d’ADNi dans de petits dispositifs appelés microréseaux, ou puces à ADN, de la taille d’un timbre-poste, dont la capacité d’archivage équivaudrait à plusieurs dizaines de livres de type roman.

Ailenberg et Rotstein (2009)

Ces chercheurs sont parvenus à consigner divers types de données dans de l’ADN en utilisant tous les caractères présents sur un clavier d’ordinateur standard, ce qui ouvre davantage de possibilités comparativement à la technique précédente. Le codage de l’information repose ici aussi sur l’attribution de bases azotées à chaque caractère. Chaque caractère possède son propre « code » (appelé « codon » par les auteurs), qui correspond à un segment de la molécule d’ADN constitué d’un nombre et d’un ordre précis de bases azotées. Pour définir les codons, les chercheurs se sont inspirés de la méthode dite « de Huffman », laquelle a été mise au point par un chercheur du même nom dans le but de construire des codes composés de texte chiffré à l’aide d’un nombre minimal de symboles (voir Smith, Fiddes, Hawkins et Cox, 2003), permettant ainsi de simplifier le plus possible le codage des données. À leur tour, les codons d’ADN sont associés à des amorces spécialement conçues en vue de réduire la possibilité d’erreurs et d’accroître l’efficacité lors de la « lecture » de l’information consignée sur support ADN. Bien entendu, cette technique repose sur toute une série de manipulations en laboratoire, et de multiples produits et dispositifs sont nécessaires pour synthétiser l’ADN en question, mais les auteurs insistent sur le fait que l’extraction de l’information peut être réalisée de manière automatisée.

Grâce à cette technique, et en définissant des règles pour chaque type de données, Ailenberg et Rotstein ont pu synthétiser de l’ADN contenant une partie du texte de la comptine Mary had a little lamb et les notes de musique correspondantes. Ils ont aussi codé une « image », c’est-à-dire des coordonnées qui, lorsque décodées et transposées sur un diagramme bidimensionnel, permettent de recréer au moyen de formes géométriques très simples (cercles, rectangles, lignes) l’agneau de Mary.

Goldman et collègues (2013)

Grâce à la méthode qu’ils ont mise au point, Goldman et coll. (2013) ont pu consigner une quantité d’information beaucoup plus élevée que dans le cas des autres techniques élaborées jusqu’alors. Le codage des données s’effectue essentiellement en trois étapes. L’information est d’abord convertie sous forme numérique, soit en code binaire. Celui-ci est ensuite converti mathématiquement selon un système ternaire (0, 1 et 2) qui remplace chaque octet (ou caractère) par un « trit » composés de cinq ou six chiffres. Enfin, un appareil permet de synthétiser des chaînes d’ADN dans lesquelles chaque trit est remplacé par l’un des trois nucléotides qui diffèrent de celui utilisé pour le trit précédent. Bref, la procédure est assez complexe, quoique les résultats obtenus par ces chercheurs soient prometteurs.

Goldman et ses collègues ont mis leur méthode à l’essai en codant l’information tirée de cinq fichiers informatiques de formats différents (ASCII, PDF, JPEG et MP3), dont les 154 sonnets de Shakespeare et un court extrait du fameux discours de Martin Luther King intitulé « I have a dream », dans des chaînes d’ADN synthétique. Au total, ils ont consigné l’équivalent de 739 kilo-octets de données réparties dans plus de 153 000 chaînes d’ADN, chacune comportant 117 nucléotides. Fait notable, ils ont réussi à séquencer les morceaux d’ADN et à reconstituer le contenu des fichiers d’origine sans qu’aucune erreur ne s’y insère. Les chercheurs indiquent également que leur méthode pourrait, en théorie, servir à l’archivage de données à grande échelle et à long terme.

Il importe de souligner que les techniques présentées dans le présent travail (de même que celles que nous n’avons pas abordées) ne peuvent, pour le moment, être mises en œuvre de manière concrète, et ce, pour diverses raisons. D’une part, les coûts associés à la synthèse de l’ADN sont encore très élevés (Extance, 2016). D’autre part, la technologie actuelle ne permet pas de synthétiser de l’ADN à une échelle et à une vitesse suffisamment grandes pour concurrencer les méthodes d’archivage numérique existantes (par exemple, les supports magnétiques et optiques). Mais les acteurs de ce domaine de recherche semblent optimistes; le savoir et les technologies évoluent rapidement, de sorte que l’archivage de données sur support ADN pourrait être une pratique courante dans un avenir pas si lointain.

Conclusion : incidence sur la pratique archivistique

Si elles étaient adoptées, quelles pourraient être les répercussions de ces méthodes sur la pratique archivistique? Les futurs archivistes seraient-ils appelés à devenir des spécialistes de la biologie moléculaire afin de pouvoir maîtriser les concepts et les techniques qui sous-tendent la consignation d’information sur support ADN ?

Au fil du temps, les archivistes ont dû adapter leurs pratiques et acquérir de nouvelles connaissances et habiletés en fonction, notamment, de l’évolution des supports documentaires. À cet égard, le dernier siècle a été particulièrement mouvementé, si l’on peut dire, puisqu’il a vu l’apparition des premiers ordinateurs, puis le développement rapide de l’informatique et des outils technologiques connexes. Ces nouveaux moyens, qui permettent à la fois de produire et de consigner de l’information, ont bouleversé le travail des archivistes. Ceux-ci ont ainsi eu à se familiariser avec ces technologies et en sont venus à les utiliser à leur avantage dans le cadre de leurs activités.

Rien n’indique que, si les méthodes susmentionnées en venaient à s’imposer pour l’archivage et la conservation à long terme des données, les archivistes ne seraient pas en mesure de s’y adapter. Peut-être que des archivistes spécialisés seraient formés en vue du traitement approprié de l’information consignée sur support ADN. Du point de vue strictement pratique, le codage des données sous forme d’ADN faisant appel à des procédures largement (voire entièrement) automatisées, les archivistes seraient surtout amenés à mettre leurs connaissances technologiques à niveau, les dispositifs utilisés pouvant s’apparenter à des ordinateurs conçus pour accomplir des tâches très précises. À cette mise à niveau pourrait s’ajouter une formation visant à inculquer la théorie et les concepts fondamentaux de la biologie moléculaire. Est-il réaliste de penser que les archivistes pourront tirer profit de ces éventuelles méthodes d’archivage de l’information? Les archivistes modernes portent déjà plusieurs chapeaux : ils sont à la fois historiens, gestionnaires, informaticiens (etc.) ou, du moins, possèdent certaines des compétences propres à ces spécialités. À la lumière de ce constat, c’est par l’affirmative que nous répondons à cette question.

Sources consultées

  • ADN. (2012). Dans Encyclopédie de l’Agora. Repéré à http://agora.qc.ca/dossiers/ADN
  • Ailenberg, M. et Rotstein, O. D. (2009). An improved Huffman coding method for archiving text, images, and music characters in DNA. BioTechniques, 47(3), 747-754.
  • Bancroft, C., Bowler, T., Bloom, B. et Clelland, C. T. (2001). Long-Term Storage of Information in DNA. Science, 293(5536), 1763-1765.
  • Church, G. M., Gao, Y. et Kosuri, S. (2012). Next-Generation Digital Information Storage in DNA. Science, 337(6102), 1628.
  • Clelland, C. T., Risca, V. et Bancroft, C. (1999). Hiding messages in DNA microdots. Nature, 399(6736), 533-534.
  • Conway, P. (1996). Preservation in the Digital World (Publication no 62). Repéré sur le site du Council on Library and Information Resources : https://www.clir.org/pubs/reports/reports/conway2/index.html
  • Cox, J. P. L. (2001). Long-term data storage in DNA. Trends in Biotechnology, 19(7), 247-250.
  • Eternal 5D data storage could record the history of humankind. (2016). Repéré à http://www.southampton.ac.uk/news/2016/02/5d-data-storage-update.page
  • Exaoctet. (2000). Dans Le grand dictionnaire terminologique. Repéré à http://gdt.oqlf.gouv.qc.ca/ficheOqlf.aspx?Id_Fiche=8873628
  • Extance, A. (2016). Digital DNA – Could the molecule known for storing genetic information also store the world’s data? Nature, 537(7618), 22-24.
  • Goldman, N., Bertone, P., Chen, S., Dessimoz, C., LeProust, E. M., Sipos, B. et Birney, E. (2013). Towards practical, high-capacity, low-maintenance information storage in synthesized DNA. Nature, 494(7435), 77-80.
  • Numérique. (2003). Dans Le grand dictionnaire terminologique. Repéré à http://gdt.oqlf.gouv.qc.ca/ficheOqlf.aspx?Id_Fiche=8360889
  • Qu’est-ce que l’ADN? (s. d.). Repéré à http://www.lps.ens.fr/recherche/biophysique-ADN/dna1.html#rappels
  • Smith, G. C., Fiddes, C. C., Hawkins, J. P. et Cox, J. P. L. (2003). Some possible codes for encrypting data in DNA. Biotechnology Letters, 25(14), 1125-1130.
  • Un disque de verre pour stocker les données pour l’éternité (ou presque). (2016). Repéré à http://www.liberation.fr/futurs/2016/02/21/un-disque-de-verre-pour-stocker-les-donnees-pour-l-eternite-ou-presque_1434895
  • Waters, D. et Garrett, J. (1996). Preserving Digital Information : Report of the Task Force on Archiving of Digital Information. Washington, DC : The Commission on Preservation and Access.

L’archivage de données au moyen de l’ADN : première partie

MICHEL CHARTIER, étudiant

Ce texte est d’une version modifée d’un travail a été réalisé à l’EBSI, Université de Montréal, dans le cadre du cours ARV1050 – Introduction à l’archivistique donné au trimestre d’automne 2016 par Daniel Ducharme.

L’enjeu de la conservation

Pendant de nombreux siècles, et après avoir succédé à d’autres matières, le papier a été le principal support utilisé pour la consignation de l’information (surtout sous forme de texte, mais aussi d’images). Au papier se sont ajoutés, depuis le 19e siècle, d’autres supports, l’évolution de la technologie ayant permis de développer de nouvelles façons d’obtenir, puis de consigner l’information (par exemple, sous forme d’enregistrements sonores ou vidéo). Cette évolution s’est accélérée et a mené, dans la deuxième moitié du 20e siècle, à la création de techniques dites numériques, soit celles permettant « la production, le stockage et le traitement d’informations sous forme binaire » [c’est-à-dire des 1 et des 0] (Numérique, 2003). On parle souvent, dans ce contexte, de « révolution numérique », l’avènement de ces techniques ayant entraîné des changements importants et durables dans plusieurs aspects de la vie quotidienne, tant à l’échelle individuelle qu’à l’échelle sociétale. Au cours de l’Histoire, les archivistes, qui ont été des témoins privilégiés de l’évolution des documents, ont vu leur rôle évoluer en fonction de l’accroissement de la masse d’information produite par les individus et les organisations et de la diversification des supports utilisés pour la consigner.

L’accroissement exponentiel de l’information générée par les activités humaines et la diversification des supports créent par ailleurs un paradoxe des plus intéressants : tandis que notre capacité de consigner l’information s’est accrue avec le temps, la longévité des supports utilisés pour la conserver tend à diminuer (Conway, 1996; dans cet article, l’auteur qualifie cette situation de « dilemme », mais nous sommes d’avis que le terme « paradoxe » la décrit plus correctement). Ainsi, l’enjeu de la conservation à long terme de l’information consignée, qui concerne tous les types de supports documentaires, se pose avec encore plus d’acuité dans le cas des documents numériques. Bien qu’ils offrent l’avantage de pouvoir contenir de vastes quantités de données, les supports numériques présentent aussi plusieurs désavantages, dont les suivants : ils sont caractérisés par leur fragilité et par l’obsolescence rapide des technologies (matériel, logiciels) utilisées pour y consigner l’information (Waters et Garrett, 1996).

Afin de contourner les difficultés associées aux supports numériques, des chercheurs ont tenté de mettre au point des solutions de rechange plus stables qui offrent des capacités d’archivage de données exceptionnelles tout en assurant la conservation à très long terme de ces mêmes données. La dernière en date est celle consistant à archiver des données pentadimensionnelles (5D) dans un petit disque de verre nanostructuré de la taille d’une pièce de monnaie (Eternal 5D data storage, 2016). Cette technique, développée par des chercheurs de l’université de Southampton (Royaume-Uni), fait appel à un laser à impulsions ultracourtes pour la gravure des données à même le verre. Chaque disque a une capacité de stockage de 360 téraoctets (soit 3000 fois la capacité d’un disque Blu-Ray. Un disque de verre pour stocker les données peut résister à des températures allant jusqu’à 1000 °C et a une durée de vie théorique de 13,8 milliards d’années à une température ne dépassant pas 190 °C. De l’avis des chercheurs, cette technologie pourrait être fort utile aux organisations détenant de vastes archives, pourvu bien sûr qu’elles aient accès à l’équipement nécessaire pour la gravure (laser) et la lecture (microscope optique et polariseur) des disques.

L’une des autres solutions mises à l’essai fait l’objet du présent travail : il s’agit de l’archivage de données à l’aide d’acide désoxyribonucléique, mieux connu par son sigle : ADN.

L’ADN, support de l’information génétique

L’ADN est une molécule que l’on retrouve dans les cellules de tous les êtres vivants. On peut la représenter, d’une manière extrêmement simplifiée, sous la forme d’une échelle : les montants de l’échelle correspondent aux deux brins parallèles de la molécule d’ADN, et chaque barreau correspond à deux bases azotées liées l’une à l’autre (Encyclopédie de l’Agora, 2012; voir la figure 1). Les deux brins de cette « échelle » s’enroulent l’un autour de l’autre; la structure torsadée qui en résulte est dite « en double hélice » (Qu’est-ce que l’ADN?, s. d.). Chaque moitié de l’échelle est composée d’une succession d’éléments appelés nucléotides. Le nucléotide est constitué à son tour d’un groupement phosphate, d’un glucide et d’une base azotée (celle-ci formant l’une des deux moitiés d’un « barreau ») (Encyclopédie de l’Agora, 2012). On dénombre quatre bases azotées, soit l’adénine (A), la cytosine (C), la guanine (G) et la thymine (T), A s’appariant toujours avec T, et C avec G. Ces paires de bases azotées assurent la complémentarité des deux moitiés de la molécule d’ADN (Qu’est-ce que l’ADN?, s. d.). La succession particulière des nucléotides le long d’une molécule d’ADN est donc le support sur lequel est consignée l’information génétique.

L’ADN en tant que support documentaire?

La molécule d’ADN peut être considérée comme une sorte de « langage », l’information qu’elle contient devant être décodée par la cellule pour la synthèse des protéines dont elle a besoin, un peu à la manière d’un livre de recettes (Qu’est-ce que l’ADN?, s. d.). Vu sous cet angle, il n’est peut-être pas surprenant que certains chercheurs en soient venus à envisager la possibilité d’utiliser l’ADN pour y consigner de l’information autre que génétique.

Représentation schématisée d’un segment de molécule d’ADN. Image tirée de Wikipédia (« Acide désoxyribonucléique », repéré à https://fr.wikipedia.org/wiki/Acide_désoxyribonucléique)

Comme le souligne Cox (2001), l’ADN présente d’excellentes qualités pour le stockage de données :

  1. Son usage à cette fin a fait ses preuves (la vie existant sur Terre depuis au moins 3,5 milliards d’années) ;
  2. Les conditions s’y prêtant, il peut être conservé sur des périodes de l’ordre de millions d’années ;
  3. Il a la capacité de se reproduire lui-même ;
  4. Sa séquence de nucléotides peut contenir une quantité considérable d’information.

La « densité de mémorisation » de l’ADN est effectivement très élevée : en théorie, on pourrait y coder jusqu’à 2 bits par nucléotide, soit environ 455 exaoctets (ou 455 milliards de milliards d’octets, selon la définition d’exaoctet donnée dans Le grand dictionnaire terminologique [2000], ce qui équivaut, après conversion, à 455 millions de téraoctets, si l’on veut comparer avec le disque de verre nanostructuré mentionné précédemment) par gramme d’ADN à simple brin (Church, Gao et Kosuri, 2012).

Dans un billet ultérieur, sans aller trop loin dans les détails, nous présenterons, en ordre chronologique, quelques-unes des méthodes qui ont été élaborées dans le but de consigner de l’information au moyen d’ADN.  Les sources consultées seront également mentionnées dans ce billet.

Archives et création : Cahier 3

ANNE KLEIN, professeure adjointe,
Département des sciences historiques, Université Laval
YVON LEMAY, professeur agrégé,
École de bibliothéconomie et des sciences de l’information, Université de Montréal

Dans le cadre du projet « Archives et création : nouvelles perspectives sur l’archivistique », financé par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (Programme Savoir, 2013-2016), nous avons déposé en décembre 2016 dans Papyrus, le dépôt institutionnel de l’Université de Montréal, un troisième cahier de recherche qui rend compte des travaux effectués au cours de la dernière année de financement des activités (2015-2016).

Tout comme le premier cahier, déposé en décembre 2014 et le deuxième, en septembre 2015, le contenu de ce troisième cahier s’avère très varié. Ana Pato, la commissaire en chef de la 3e Biennale de Bahia au Brésil en 2014, rend compte des œuvres réalisées par quatre artistes suite à la découverte de collections provenant d’un ancien musée de la police. L’analyse de leurs productions vise à montrer comment la démarche artistique est à même de faire remonter à la surface la douleur et l’injustice dont peuvent témoigner les archives et d’indiquer ainsi la voie à suivre afin d’assumer collectivement les moments troubles de l’histoire. Son texte est suivi par celui d’Annaëlle Winand, étudiante au doctorat à l’EBSI, qui s’intéresse à la production de Karl Lemieux, un cinéaste montréalais reconnu sur la scène internationale. Western Sunburn, l’œuvre qu’elle a choisie d’étudier, est à la fois une performance et un film conçu à partir de la pellicule d’un western inconnu. En l’abordant « au prisme des conditions d’utilisation », elle démontre de quelle façon l’œuvre de Lemieux permet de réfléchir au domaine des archives à différents niveaux. Même chose en ce qui concerne l’analyse de la pièce de théâtre Sauvageau Sauvageau de Christian Lapointe présentée à Montréal et à Québec en 2015. Considérant que la pièce est « un exemple de ce que pourrait être l’archive de Sauvageau », Anne Klein, professeure adjointe au Département des sciences historiques de l’Université Laval, fait valoir la manière dont les archives y sont mises à profit et, au terme de son analyse, souligne les différents enseignements qu’il est possible d’en retirer au plan archivistique. Le chercheur-archiviste Mattia Scarpulla, quant à lui, fait le bilan d’une performance littéraire offerte lors du Mois de la poésie à Québec en mars 2016. Il revient sur les diverses étapes qui ont finalement mené quatre professionnels du milieu des archives, qui ne sont pas des danseurs professionnels, à s’investir dans un spectacle où leurs gestes archivistiques se transformaient en danse. Mattia Scarpulla souligne, avec raison selon nous, que l’exploitation artistique des archives ne devrait pas constituer une exception mais une option au sein des institutions. Étudiant au doctorat à l’EBSI, Simon Côté-Lapointe conclut pour sa part un projet d’« expérimentation multimédia » dont il avait exposé les principaux aspects dans le deuxième cahier de recherche en s’intéressant plus particulièrement à la dimension de la diffusion des archives. Dans cette optique, il propose notamment la création d’Archivoscope, une plateforme numérique participative qui offrirait la possibilité d’établir un lien entre les créateurs, les institutions, les archivistes et les utilisateurs.

Ce dernier cahier comprend également un texte dans lequel nous faisons état du bilan du projet et des suites de la recherche, à savoir le besoin de reconsidérer la fonction de diffusion à la lumière de l’exploitation des archives. En effet, les travaux menés sur les archives et la création nous permettent de jeter un autre regard sur la discipline, de « Revisiter l’archivistique » en quelque sorte, et nous formulons dix propositions à cet effet.

Au final, le projet de recherche aura permis d’organiser un atelier sur les archives et l’émotion et une journée de formation précongrès sur les archives et la création, de tenir un colloque lors du 82e Congrès de l’Acfas, de présenter plus d’une vingtaine de communications et de produire une quarantaine de textes ainsi que deux thèses de doctorat, dont l’une a été déposée en 2015.

Nous aimerions profiter de l’occasion pour offrir nos remerciements au Conseil de recherches en sciences humaines du Canada pour son soutien financer de même qu’à tous les collaborateurs au projet de recherche, tout spécialement à Catherine Légaré et Michel Belisle qui ont respectivement assumé la conception graphique et la révision linguistique des trois cahiers de recherche.

La saison des stages : le savoir-être

ISABELLE DION, coordonnatrice des stages et chargée de cours

Déjà la fin de vos études. Voici le moment de mettre en pratique la théorie enseignée dans les cours. Votre stage vous permettra l’acquisition de nouvelles connaissances, de réaliser des activités pratiques qui développeront vos compétences professionnelles et mettront de l’avant votre savoir-être. En stage, vous serez évalué non seulement sur vos compétences professionnelles, mais aussi sur vos qualités personnelles. C’est pourquoi plusieurs critères du formulaire Évaluation du stagiaire par le superviseur en milieu de travail portent sur le savoir-être.

Le savoir-être est la « [c]apacité de conduite personnelle appropriée à l’emploi considéré, pour un individu. » (Grand dictionnaire terminologique 2017) Elle inclut vos traits de personnalité, votre identité, votre culture, votre comportement, vos attitudes et votre motivation. Votre conduite en stage aura un impact sur le lien de confiance que vous créerez avec votre superviseur de stage et avec les collègues du milieu.

Le passage du statut d’étudiant à celui de stagiaire est plus ou moins facile selon les expériences et les personnalités. Pour vous assurer qu’il soit réussi, quelques comportements et attitudes sont attendus de la part des stagiaires. En voici quelques-uns :

  • Préparer son arrivée en s’informant sur son milieu de stage avant le début de celui-ci;
  • Ranger son téléphone mobile pendant les heures de stage;
  • Dire bonjour, au revoir, s’il vous plaît, merci;
  • Respecter la culture de l’organisme (horaire, code vestimentaire);
  • Montrer sa motivation;
  • Être ouvert à la nouveauté;
  • Respecter la confidentialité des documents institutionnels de son milieu de stage;
  • Sourire;
  • Pendant les heures de stage, oublier Facebook, les messageries instantanées, la musique en continu sur le téléphone mobile ou sur le poste informatique de travail;
  • Poser des questions à son superviseur au bon moment. S’assurer qu’il a le temps d’y répondre. Sinon, prendre en note ses questions;
  • Vérifier son travail avant de passer à une autre tâche. Il est préférable de corriger ses erreurs avant que le superviseur ne demande de le faire.
  • Apprendre à accepter son évaluation de mi-stage et de fin de stage. Vous devez être capable de recevoir des commentaires qui serviront à améliorer votre travail. Une attitude d’ouverture démontre de la maturité.

Vous pouvez bien en rire, mais sachez que votre milieu de stage s’attend à ce que vous agissiez comme un professionnel en stage. Quelle image souhaitez-vous laisser dans votre milieu de stage après votre passage? Vous pouvez dire : « Ce n’est pas important, je ne travaillerai pas à cet endroit ». Toutefois, le milieu archivistique est petit et une mauvaise impression peut vous suivre un bon moment.

Vous êtes votre propre représentant et aussi le représentant de votre future profession. Vous devez respecter les principes et attitudes attendues de votre profession, quels que soient les situations, événements ou circonstances. Bien entendu, le savoir-faire a toujours sa place sur le marché du travail. Toutefois, celui-ci mise de plus en plus sur le savoir-être. Il sera grandement considéré lors des entrevues.

Vous pouvez rester vous-même ! Que vous soyez timide, dynamique, créatif, impulsif, ordonné ou autre, nous ne vous demandons pas changer du tout au tout. Vous devez tout simplement prendre conscience de l’importance des quelques règles de base énumérées ci-dessus.

Bon stage !

Zotero, entre l’ordinateur et la tablette

DOMINIC BOISVERT, chargé de cours

La préparation d’une session universitaire demande beaucoup de travail. Amasser la documentation est un des éléments importants de cette préparation. Peut-être, tout comme moi, utilisez-vous Zotero pour gérer vos bibliographies.  Ça fonctionne très bien, n’est-ce pas ? Mais organiser une bibliographie c’est une chose. Lire et annoter représentent des défis différents.

Je n’aime pas lire à partir de mon ordinateur portable. Je préfère un outil de lecture numérique. De plus, je dois annoter les textes répertoriés dans mon compte Zotero. C’est ici qu’entre en scène la tablette, un outil efficace pour lire (c’est moins bien qu’une liseuse électronique, mais une grosse amélioration par rapport à l’ordinateur portable) et pour annoter du texte (avec le S-Pen, notamment, car je dispose d’une tablette Galaxy Tab A de Samsung). Par contre, impossible de tout faire à partir de l’interface web de Zotero. Il faut donc trouver une manière de réaliser le flux de travail Zotero -> tablette -> annotations et tablette -> Zotero -> annotations.

Voici donc ma recette.

LES INGRÉDIENTS

Vous aurez besoin de :

  1. Un compte Zotero.
  2. L’extension Zotfile.
  3. Un compte owncloud (ou Dropbox ou équivalent).
  4. Un ordinateur et une tablette.

LES INSTRUCTIONS

  1. Pour votre compte Zotero, suivre les instructions officielles (en anglais).
  2. Pour installer l’extension Zotfile sur votre ordinateur, suivre les instructions du site de Zotfile (en anglais). Zotefile créera deux recherches enregistrées dans votre bibliothèque : « Tablet Files » et « Tablet Files (modified) »
  3. Dans Owncloud (ou Dropbox), rien à faire. Par contre, il faut vous assurer que votre bibliothèque Zotero soit synchronisé avec votre nuage.

FLUX DE TRAVAIL

  1. Ajouter normalement des objets à votre compte Zotero.
  2. Ajouter un objet à votre tablette :
    1. Sélectionner l’objet;
    2. Cliquer-droit et sélectionner « Gérer les pièces jointes » puis « Envoyer sur la tablette » sur Ajouter à la tablette.
  3. Sur la tablette, ouvrIr l’objet à partir de Owncloud. Attention de sélectionner l’option « maintenir le fichier à jour ».
  4. Lire et annoter l’objet.
  5. Pour ramener l’objet de votre tablette à l’ordinateur, à partir de Zotero sur votre ordinateur:
    1. Aller dans la section « Tablet Files (modified) » ;
    2. Cliquer droit sur un objet et sélectionner « Gérer les pièces jointes » puis « Récupérer de la tablette ». L’extraction des annotations se fait automatiquement.

Voilà !

Vous pouvez maintenant gérer les objets de votre compte Zotero, les lire et les annoter sur votre tablette et, en prime, gérer vos annotations (surlignage, notes, etc.) pour les inclure dans vos travaux.

Les Archives au XXe siècle : un ouvrage qui a marqué le développement de l’archivistique au Québec

DANIEL DUCHARME, chargé de cours (ARV1050)

Archives au XXe siècleLa parution des Archives au XXe siècle en 1982 constitue sans aucun doute un événement marquant dans le développement de l’archivistique au Québec. La Loi sur les archives était sur le point d’être adoptée, l’enseignement universitaire de la discipline faisait ses premiers pas, et de nombreux enseignants, étudiants et praticiens ressentaient le besoin d’avoir un ouvrage à leur disposition. Un ouvrage d’archivistique adapté à la réalité québécoise qui prenait en compte tout le cycle de vie des documents. L’ouvrage de Couture, Rousseau et collaborateurs tombait bien, pourrait-on dire. La preuve en est que « Les Archives deux X », comme on l’appelait familièrement entre nous, fut pratiquement un succès de librairie avec des ventes de plusieurs milliers d’exemplaires. Peu de temps après sa parution, ce manuel fut traduit en anglais (1987), puis en espagnol (Mexique) en 1988.

Pourquoi Les Archives au XXe siècle a-t-il rencontré un tel succès au Québec et ailleurs dans le monde? Sans doute parce qu’il s’agit d’un manuel au sens strict du terme. Un manuel se définit comme un « ouvrage didactique ou scolaire qui expose les notions essentielles d’un art, d’une science, d’une technique, etc. » (Le Petit Larousse 2001). Dans Wikipédia (2015), on peut lire aussi qu’un manuel regroupe « l’essentiel des connaissances relatives à un domaine donné ». Et c’est exactement cela que nous retrouvons dans cet ouvrage : l’essentiel des connaissances archivistiques utiles à la pratique du métier.

À notre avis, l’ouvrage de Carol Couture, Jean-Yves Rousseau et collaborateurs, Les archives au XXe siècle, constitue, malgré le temps qui passe, le manuel d’archivistique le plus complet, le plus abouti de la Francophonie, et dont la portée pratique reste sans égale encore aujourd’hui. La sortie douze ans plus tard de Les Fondements de la discipline archivistique contemporaine (1994) par les mêmes auteurs et, en 1999, de Les Fonctions de l’archivistique contemporaine a certes permis une mise à jour complète du corpus théorique de la discipline, mais n’a pas su renouveler sa portée pratique. D’ailleurs, aucun ouvrage subséquent n’a permis de le faire dans le monde francophone, sauf en gestion des documents où les ouvrages de Michel Roberge – dont le premier du nombre (La gestion des documents administratifs) a paru dès 1983.

Pour les archivistes du XXIe siècle, rappelons que Les archives au XXe siècle est structuré en trois parties. La première, intitulée Archives et société, s’avère un préalable indispensable à l’ensemble des tâches que doit réaliser l’archiviste dans une organisation. C’est ici que nous retrouvons, en autres choses, un modèle complet de politique de gestion des archives, modèle repris par la suite par de nombreux guides pratiques en gestion des documents et des archives. La deuxième partie, Archives et administration, constitue ni plus ni moins qu’un manuel de gestion des documents d’activité qui aborde, dans l’ordre, les outils de gestion (calendrier de conservation, plan de classification) et les étapes stratégiques de réalisation d’un projet en fonction du cycle de vie (traitement des documents actifs, semi-actifs et inactifs), tout en situant l’ensemble des opérations dans le contexte de la législation archivistique en vigueur. Enfin, la troisième partie, Archives et recherche, représente la partie du manuel qui se consacre à la gestion des archives définitives : le fonds d’archives et les fonctions (acquisition, évaluation, classement, description, diffusion et conservation).

Comment peut-on considérer ce manuel aujourd’hui ? Nul ne contestera le fait qu’il est dépassé sur le plan technologique, ses auteurs n’ayant pu raisonnablement anticiper le bouleversement des pratiques causé par la gestion des documents numériques. Mais plusieurs éléments méthodologiques (voir les chapitres sur le traitement des documents actifs, semi-actifs et inactifs) s’avèrent toujours valables et, après une légère adaptation, peuvent être réutilisés par les archivistes du XXIe siècle.

Couture, Carol et Jean Yves Rousseau (1982). Les archives au XXe siècle: une réponse aux besoins de l’administration et de la recherche. Montréal, Université de Montréal, Secrétariat général / Service des archives, 1982.